14 octobre: A celles et ceux qui douteraient encore que dans le debat sur le voile, il s'agit de racisme.
extrait de lmsi.net
Neda, Marwa et le prêchi-prêcha meurtrier des médias,Retour sur deux assassinats et leur médiatisation
PAR WALID EL HOURI, 28 SEPTEMBRE
Introduction
Dans le texte qui suit, traduit et republié en français par La Princesse de Clèves, avec l’aimable autorisation de l’auteur, Walid El Houri analyse la couverture à géométrie variable de deux meurtres commis cet été : celui de Neda et celui de Marwa. Isolant un seul de ces deux actes de ses conditions historiques de possibilité, les journalistes lavent la conscience et les mains du public au moment même où l’islamophobie, continuellement distillée dans les questions dites « de société », rend acceptables les discours les moins raisonnables et possible le meurtre d’une femme innocente dans un tribunal qui vient de lui donner gain de cause... L’absurde débat français sur le voile intégral serait presque drôle s’il n’apportait pas, lui aussi, sa part d’eau au moulin de la haine.
Article
Le 20 juin 2009, Neda Agha Soltan est abattue lors des manifestations qui ont suivi les élections en Iran. Ces manifestations ont pris une place importante dans l’information à l’échelle mondiale, présentées avec des analyses et des commentaires qui prédisaient la chute du régime de Téhéran et l’éveil de « l’axe du mal » aux lueurs de l’aube libérale.

Neda morte a été érigée en icône de l’opposition iranienne, offerte comme le symbole à la fois des millions de victimes de l’injustice du régime iranien et de l’audace des manifestants. La mort de Neda a été inscrite dans un contexte. Elle est passée de la sphère individuelle d’une mort subjective à la sphère publique d’une cause juste pour toute la société.
Le 1er juillet, Marwa El Sherbini, une chercheuse égyptienne installée en Allemagne, a été poignardée à mort à 18 reprises dans la cour de justice de Dresde, devant son fils âgé de trois ans. Le tribunal lui avait donné raison dans l’affaire qui l’opposait à un Allemand d’origine russe. Ce dernier l’avait injuriée à cause du voile qu’elle portait. La police a ouvert le feu sur son mari, qui voulait lui porter secours lors de l’agression. Avant que des marches de protestation n’aient lieu en Egypte lors de l’enterrement, la mort de Marwa n’avait pas été reportée par les médias occidentaux. La couverture qui a suivi s’est concentrée sur les manifestations ; le meurtre à proprement parler étant présenté comme un acte isolé, ainsi séparé de son contexte, et de sa signification sociale.

La partialité des médias et le fait qu’ils aient choisi de couvrir l’information selon leurs propres convenances n’est pas ici le problème. Ce que montre la comparaison entre ces deux meurtres, c’est l’incapacité pour les sociétés occidentales et européennes à saisir la signification et l’importance sociale du meurtre de Marwa, ainsi que le contexte politique et historique qui l’a rendu possible.
L’acteur de « l’acte isolé » qui a poignardé Marwa 18 fois à l’intérieur d’une cour de justice est le produit de la société dans laquelle il vit. Si le meurtre de Marwa devait soulever un seul débat, ce serait celui sur l’islamophobie latente (qui n’est peut-être plus si latente) qui a prospéré dans les sociétés européennes lors de ces dix dernières années, et plus particulièrement dans les années 1990.
Il serait périlleux de nier toute connexion entre ce crime et les discussions relatives à l’interdiction du niqab, ou celles antérieures, relatives au port du voile. Ces questions, ainsi que d’autres, liées à l’immigration musulmane en Europe, ont occupé le devant de la scène lors des débats publics. Il semble aussi difficile de ne pas remarquer la popularité croissante des partis d’extrême-droite qui ont gagné une représentation politique lors de la dernière décennie, succès qu’ils doivent à des discours fondés sur la peur de l’Islam et « le problème de l’immigration ».

L’absence d’une couverture adéquate de ce meurtre, et la sonnette d’alarme qui ne retentit toujours pas après, reflète un déni dans lequel s’enfonce le débat public au sein des sociétés européennes. Alors que l’Europe prêche la liberté d’expression et la nécessité de respecter l’altérité, alors que l’Europe prêche contre le danger du racisme et du communautarisme dans les pays du Tiers-monde, alors que l’Europe prêche contre les discours de haine et l’antisémitisme, nous constatons que les crimes racistes, les préjugés et les paroles haineuses gagnent du terrain en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche, au Danemark et dans les autres démocraties du vieux continent. Toutefois, la répétition de l’exception remet justement en cause ce statut d’exception.
L’absence d’articles concernant Marwa dans les médias à grande diffusion, ainsi que l’incapacité à initier un débat sur les dangers immédiats de l’islamophobie en Europe, laisse présager un avenir plutôt morne pour les musulmans européens. Des musulmanes comme Neda n’atteignent la sphère médiatique que lorsque leur histoire cadre avec le discours dominant qui présente l’Islam comme la menace principale qui pèse sur nos libertés. Dans le même temps, les histoires de musulmanes comme Marwa, exposées au racisme occidental généralisé et défiant les stéréotypes, passent quant à elles aux oubliettes.

Ce qu’il est important de noter dans le traitement médiatique du cas de Neda, c’est le choix de porter l’accusation sur le régime iranien comme autorité responsable du contexte dans lequel ce crime s’est produit, et non sur l’individu qui a concrètement ouvert le feu. L’accusé, c’est l’élite dirigeante ou l’institution, pas la personne qui a tiré. En revanche, dans le cas de Marwa, les médias n’ont eu de cesse d’insister sur l’individualité du tueur, le qualifiant de « cas isolé », le présentant comme un marginal, sans lien aucun avec la société dont il fait pourtant partie. On a nommé le meurtrier – « Alex W. » – mais l’institution, la société, les dirigeants ont tous été gommés de l’histoire.
Alors que la mort de Neda a fait l’objet d’interprétations diverses et de lectures contextualisées, celle de Marwa a été privée de tout contexte et présentée comme une tragédie personnelle, avec pour principaux personnages un malade mental et sa victime. Pendant ce temps, le virage droitier de l’Europe continue à un rythme effréné. Les stéréotypes culturels, l’incapacité à s’intégrer (comprenez : l’aliénation sociale et politique) ainsi que l’incommunicabilité et la crise financière, nourrissent cette trajectoire et apportent un soutien aux discours nationalistes et populistes des partis d’une droite nouvelle ou résurgente.
Dans les années 1930, à la suite de la grosse crise économique des années 1920, un jeune parti populiste de droite gagnait du terrain en Allemagne ; peu auraient alors pu soupçonner ce qui allait suivre. Aucun élément tangible ne donne à penser que l’Europe possède une société plus tolérante que les autres, ou pour le dire autrement, que les gens apprennent nécessairement les leçons du passé, ou que certaines sociétés sont exemptes de comportements racistes. Tout prouve plutôt que le mythe d’une Europe d’après-guerre tolérante est bien mort ; et les médias feraient mieux de tirer les conclusions qui s’imposent avant que l’histoire ne se répète.

Post-scriptum
Ce texte a été publié initalement dans l’hebdomadaire Counterpunch en juillet 2009 sous le titre original : « Neda, Marwa, le conte de deux femmes assassinées ». Il a été traduit et republié sur le blog de La Princesse de Clèves, avec l’autorisation de l’auteur. (sur lmsi.net, que j'ai effrontement copie/colle)
">26 Juin: Aujourd'hui sur Yahoo, des vraies news.
.
.Interviewée ce matin sur LCI, Christine Lagarde a déclaré ne pas être touchée par la mort de Michael Jackson.
»
Que lui arrive t-il ?
23 Juin: Ca dépend d'où on se place...
Homophobie et discriminations sur l’orientation sexuelle : une situation « plutôt bonne » en République tchèque
Dans ce rapport [de l'Union Européenne] publié en mars, il est notamment question du
« partenariat enregistré », de lois anti-discrimination ou de la
situation des transsexuels en République tchèque.
lire la suite sur radio prague
22 Juin: Je suis une star (...)
[22.06.2009] - Faits et événements - Antoine Idier
A Tábor, une « Queer Pride Parade » sans incident
Samedi dernier la « Queer Pride Parade » se déroulait à Tábor, en
Bohême du Sud. Sous protection policière, les participants ont d’abord
défilé dans la ville avant de participer à un festival autour des
identités sexuelles.
Slogans humoristiques, ambiance festive et drapeaux arc en ciel : le centre
historique de Tábor accueillait samedi des visiteurs un peu différents
des touristes habituels. Pour la « Queer Pride Parade » entre 400 et 500
manifestants ont en effet défilé dans la ville hussite, accompagnés par
un nombre conséquent de journalistes et de policiers.
Après les événements survenus l’année dernière à Brno, où la
première « Lesbienne et gay pride » tchèque avait été interrompue par
150 extrémistes de droite, la manifestation de cette année était sous
haute surveillance : les organisateurs avaient eux-mêmes prévus un
important service d’ordre et la police était présente en masse sur les
lieux. Mais, malgré la présence de membres du parti d’extrême-droite
« le Parti des travailleurs », la marche à travers Tábor et le festival
qui ont suivi se sont déroulés sans incident.
Plutôt qu’une « parade gay », les organisateurs, des associations
tchèques et militants d’origines diverses, avaient choisi d’organiser
une « parade queer ». Queer est un mot anglais qu’on peut traduire par
« bizarre » : à l’origine une insulte, le mot a été réapproprié
par de nombreux militants à partir des années 80. Solène fait partie de
l’équipe organisatrice, elle présente ce terme :
« En quoi « queer » c’est différent de « gay » ? Ce n’est pas
juste un terme qui englobe gay, lesbien ou GLBT. C’est plus que ça, non
seulement parce que ça englobe des gens qui ne reconnaissent pas dans ces
termes - parce que GLBT, c’est « gay, lesbien, bi, trans ». Il y a
aussi les gens qui sont intersexe, les gens qui ont pas envie de se
définir, qui font du BSDM, qui ont une identité sexuelle fluide, qui ont
une identité de genre autre que fille ou garçons ou transsexuels, c’est
plus large que ça. En fait, « queer »au début, c’est une insulte,
c’est « pédé » en anglais. Ca a été réapproprié par les «
pédés », comme « nègre » pour les noirs. Et c’est pour dire qu’on
est des gens bizarres, que vous nous trouvez bizarres, mais on est comme
ça et on n’a pas honte. Moi j’ai envie qu’on ne définisse plus les
gens en fonction de leur genre, j’ai envie d’être une personne avant
d’être une femme, j’ai envie qu’on parle de personne à personne
avant de parler de garçon à fille. Donc du coup, évidemment, si les gens
sont que des personnes, quand je tombe amoureuse, je tombe amoureuse
d’une personne. Donc oui, c’est remettre en question d’abord
l’identité de genre et le système binaire filles d’un côté,
garçons de l’autre, et ensuite remettre en question les frontières de
la sexualité. »
Au programme de cette journée « queer », la marche bien sûr, mais
aussi un festival centré sur les identités sexuelles : concerts, ateliers
de réflexion et de discussion ou encore projets de films se sont
déroulés tout l’après-midi au Cesta, centre culturel de Tábor.
Source: Czech Radio 7, Radio Prague
URL: http://www.radio.cz/fr/article/117559
© Copyright 1996, 2009 Radio Prague
08 Juin (oui je réagis après coup): Fred Vargas n'écrit pas que de la fiction
Nous y voilà, nous y sommes. Depuis
cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de
l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du
gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la
réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale
à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté,
dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis
que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure,
nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous
avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons
mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous
avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent
quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert,
acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on
s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très
difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles
génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream,
détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer
des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on
s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien
continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un
avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais
nous y sommes. A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent
des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution
industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés
de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits
réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé,
elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a
décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des
décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les
robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum
est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception
des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes,
et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec
moi. Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on
s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et
honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de
s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot,
plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau,
décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser
les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir
l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la
nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine
à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons
pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin,
pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout
pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer.
Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en
désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le
monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas
d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du
crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité
foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir
venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à
condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des
grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix,
nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons,
autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas (pour la liste europe ecologie)
28 mai (non je ne suis pas morte): C'est qu'il sait écrire, le petit (à l'occasion de sa libération)
Julien
Coupat : "La prolongation de ma détention est une petite
vengeance"
LE MONDE | 25.05.09 |
12h10
Voici les
réponses aux questions que nous avons posées par écrit à
Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour "terrorisme"
avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et
Paris, il est soupçonné d'avoir saboté des caténaires SNCF. Il
est le dernier à être toujours incarcéré. (Il a demandé à ce
que certains mots soient en italique).
Comment
vivez-vous votre détention ?
Très
bien merci. Tractions, course à pied, lecture.
Pouvez-nous
nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?
Une
bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est
introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés,
menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout
fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides
roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans
leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien
patron de la police antiterroriste]
dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui
consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au
beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant
quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en
nous assommant de questions où l'absurde le disputait à
l'obscène.
Celui
qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement
de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des
"services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de
gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs
courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient
même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.
Les
sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués
en Allemagne. Qu'en dites-vous?
Au
moment de notre arrestation, la police française est déjà en
possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages
qu'elle voudrait nous attribuer, d'autres attaques survenues
simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux
inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en
allemand et envoyé à des journaux d'outre-Rhin exclusivement,
mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre
compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l'attaque au
cœur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer sur des
caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop
mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le
mensonge public.
Il
est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de
son aura de mystère : il s'agissait simplement de protester
contre le transport vers l'Allemagne par voie ferroviaire de
déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage
la grande arnaque de "la crise". Le communiqué se
conclut par un très SNCF "nous
remercions les voyageurs des trains concernés de leur
compréhension". Quel tact,
tout de même, chez ces "terroristes"!
Vous
reconnaissez-vous dans les qualifications de "mouvance
anarcho-autonome" et d'"ultragauche"?
Laissez-moi
reprendre d'un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la
fin d'une période de gel historique dont l'acte fondateur fut
l'accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour
désarmer le peuple sous prétexte d'"éviter une guerre
civile".
Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire
vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement
fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective
sérieuse de révolution. L'avantage dont joue et jouit, depuis
quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative,
unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans
complexe" avec les classiques de la réaction pure – sur
les fous, la religion, l'Occident, l'Afrique, le travail,
l'histoire de France, ou l'identité nationale.
Face
à ce pouvoir en guerre
qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis,
ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée.
Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop
discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir
qu'elle n'ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à
un les plus malins
d'entre ses éléments. Quant à l'extrême gauche
à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même
sortie de l'état groupusculaire où elle végète depuis
toujours, elle n'a pas de perspective plus désirable à offrir
que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop.
Son destin est de décevoir.
Dans
la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place
n'a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement
pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui
vont l'importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le
gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule
force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son
seul ennemi réel
dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux penchants
révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont
suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se
hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux
Antilles ou dans les récentes occupations d'entreprises ou de
facs, a su faire entendre une autre parole.
Cette
analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s'imposer
assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient
paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres
(et notamment dans Le Monde)
les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient
peser sur toute vie sociale les "anarcho-autonomes". On
leur prêtait, pour commencer, l'organisation
des émeutes spontanées, qui ont,
dans tant de villes, salué le "triomphe électoral" du
nouveau président.
Avec
cette fable des "anarcho-autonomes", on a dessiné le
profil de la menace
auquel la ministre de l'intérieur s'est docilement employée,
d'arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu
de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à
contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et
l'y incarcérer. Or celle de "casseur" où se croisent
désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de
cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des
contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante
de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non
des existences. Et il est bien dans l'intention du nouveau pouvoir
de s'attaquer à l'ennemi, en tant
que tel, sans attendre qu'il
s'exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la
répression.
Il
importe peu, finalement, qu'il ne se trouve personne en France
pour se reconnaître "anarcho-autonome" ni que
l'ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de
gloire dans les années 1920 et qui n'a, par la suite, jamais
produit autre chose que d'inoffensifs volumes de marxologie. Au
reste, la récente fortune du terme "ultragauche" qui a
permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup
férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au
fait que nul ne sache ce que fut l'ultragauche, ni même qu'elle
ait jamais existé.
A
ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se
systématiser face aux provocations d'une oligarchie mondiale et
française aux abois, l'utilité policière de ces catégories ne
devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire,
cependant, lequel d'"anarcho-autonome" ou
d'"ultragauche" emportera finalement les faveurs du
Spectacle, afin de reléguer dans l'inexplicable une révolte que
tout justifie.
La
police vous considère comme le chef d'un groupe sur le point de
basculer dans le terrorisme. Qu'en pensez-vous?
Une
si pathétique allégation ne peut être le fait que d'un régime
sur le point de basculer dans le néant.
Que
signifie pour vous le mot terrorisme?
Rien
ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de
la sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la
DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les
organisations terroristes internationales. Rien ne permet
d'expliquer non plus la soudaine transmutation du "terroriste"
en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les
accords d'Evian, en policier irakien ou en "taliban modéré"
de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine
stratégique américaine.
Rien,
sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne
le terroriste. Qui refuse d'avoir part à cette
souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui
en convoitera quelques miettes s'exécutera avec promptitude. Qui
n'étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas
de ces deux ex – "terroristes" devenus l'un premier ministre
d'Israël, l'autre président de l'Autorité palestinienne, et
ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.
Le
flou qui entoure la qualification de "terrorisme",
l'impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à
quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont
au principe de cette chose que l'on peut, elle, très bien définir
: l'antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition
de fonctionnement. L'antiterrorisme
est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le
vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite
"psychologique", pour rester poli.
L'antiterrorisme,
contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est pas un
moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la méthode par quoi
l'on produit,
positivement, l'ennemi politique en
tant que terroriste. Il s'agit, par
tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance,
d'intimidation et de propagande, par toute une science de la
manipulation médiatique, de l'"action psychologique",
de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du
policier et du judiciaire, d'anéantir la "menace subversive"
en associant, au sein de la population, l'ennemi intérieur,
l'ennemi politique
à l'affect de la terreur.
L'essentiel,
dans la guerre moderne,
est cette "bataille des cœurs et des esprits" où tous
les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est
invariable : individuer
l'ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune,
l'exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l'humilier
publiquement, inciter les plus vils à l'accabler de leurs
crachats, les encourager à la haine. "La
loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans
l'arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de
plus qu'une couverture de propagande pour se débarrasser de
membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il
conviendra que les activités des services judiciaires soient
liées à l'effort de guerre de la façon la plus discrète
possible", conseillait déjà,
en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien
général de l'armée britannique, théoricien de la guerre
contre-insurrectionelle], qui en
savait quelque chose.
Une
fois n'est pas coutume, dans notre cas, l'antiterrorisme a fait un
four. On n'est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par
nous. La prolongation de ma détention pour une durée
"raisonnable" est une petite vengeance bien
compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur
de l'échec; comme est compréhensible l'acharnement un peu
mesquin des "services", depuis le 11 novembre, à nous
prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à
filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de
représailles a d'emprise sur l'institution policière, et sur le
petit cœur des juges, voilà ce qu'auront eu le mérite de
révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des
"proches de Julien Coupat".
Il
faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier
de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue],
d'autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre
M. Squarcini [directeur central du
renseignement intérieur], d'autres
encore la crédibilité qu'ils n'ont jamais eue et qu'ils n'auront
jamais, comme Michèle Alliot-Marie.
Vous
êtes issu d'un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter
dans une autre direction…
"Il
y a de la plèbe dans toutes les classes"
(Hegel).
Pourquoi
Tarnac?
Allez-y,
vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous
l'expliquer,
je le crains.
Vous
définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?
La
philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire.
Platon entend déjà la parole d'Héraclite comme échappée d'un
monde révolu. A l'heure de l'intellectualité diffuse, on ne voit
pas ce qui pourrait spécifier "l'intellectuel", sinon
l'étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser
de l'aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela.
Mais, pour qui,
au juste, faudrait-il se définir?
Etes-vous
l'auteur du livre L'insurrection
qui vient ?
C'est
l'aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé
intégralement
au dossier d'instruction, des interrogatoires où l'on essaie de
vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans
L'insurrection qui vient,
que vous manifestez comme le préconise L'insurrection
qui vient, que vous sabotez des
lignes de train pour commémorer le coup d'Etat bolchevique
d'octobre 1917, puisqu'il est mentionné dans
L'insurrection qui vient, un
éditeur convoqué par les services antiterroristes.
De
mémoire française, il ne s'était pas vu depuis bien longtemps
que le pouvoir prenne peur à cause
d'un livre. On avait plutôt
coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient
occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution.
Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.
Ce
qui fonde l'accusation de terrorisme, nous concernant, c'est le
soupçon de la coïncidence d'une pensée et d'une vie; ce qui
fait l'association de malfaiteurs, c'est le soupçon que cette
coïncidence ne serait pas laissée à l'héroïsme individuel,
mais serait l'objet d'une attention commune. Négativement, cela
signifie que l'on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur
nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en
pratique la moindre de leurs fermes résolutions; l'injure est de
taille. Malheureusement, je ne suis pas l'auteur de L'insurrection
qui vient – et toute cette
affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère
essentiellement policier
de la fonction auteur.
J'en
suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la
semaine dernière, j'ai mieux compris la hargne hystérique que
l'on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés.
Le scandale de ce livre, c'est que tout ce qui y figure est
rigoureusement, catastrophiquement vrai,
et ne cesse de s'avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui
s'avère, sous les dehors d'une "crise économique",
d'un "effondrement de la confiance", d'un "rejet
massif des classes dirigeantes", c'est bien la fin d'une
civilisation, l'implosion d'un paradigme : celui du gouvernement,
qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à
eux-mêmes non moins que l'ordre politique, la religion ou
l'organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du
présent, une gigantesque perte de
maîtrise à quoi aucun maraboutage
policier n'offrira de remède.
Ce
n'est pas en nous transperçant de peines de prison, de
surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et
d'interdictions de communiquer au motif que nous serions les
auteurs de ce constat lucide, que l'on fera s'évanouir ce qui est
constaté. Le propre des vérités est d'échapper, à peine
énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous
aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.
Vous
lisez "Surveiller
et punir" de
Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore
pertinente?
La
prison est bien le sale petit secret
de la société française, la clé, et non la marge des rapports
sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout
compact, ce n'est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se
plaît à le faire croire, mais bien l'ensemble des disciplines
qui trament, au-dehors, l'existence dite "normale".
Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du
temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures :
il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure
de ce que l'école, l'innocente école de la République,
contient, par exemple, de carcéral.
Envisagée
sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un
repaire pour les ratés de la société, mais la société
présente qui fait l'effet d'une prison ratée. La même
organisation de la séparation, la même administration de la
misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne
partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces
hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d'une
banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point
semblables qui se traînent de part et d'autre des barbelés et à
cause d'eux.
Si
l'on traque avec tant d'avidité les témoignages "de
l'intérieur" qui exposeraient enfin les secrets que la
prison recèle, c'est pour mieux occulter le secret qu'elle est
: celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres
tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.
Toute
l'indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles
françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière
contre-propagande de l'administration pénitentiaire qui met en
scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du
détenu et des directeurs de tôle soucieux du "sens de la
peine", bref : tout ce débat sur l'horreur de
l'incarcération et la nécessaire humanisation de la détention
est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace,
permettant de combiner la terreur qu'elle doit inspirer avec son
hypocrite statut de châtiment "civilisé". Le petit
système d'espionnage, d'humiliation et de ravage que l'Etat
français dispose plus fanatiquement qu'aucun autre en Europe
autour du détenu n'est même pas scandaleux. L'Etat le paie
chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n'est de toute
évidence qu'un début : la vengeance est l'hygiène de la plèbe.
Mais
la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire
consiste certainement à prétendre qu'il serait là pour punir
les criminels quand il ne fait que gérer
les illégalismes. N'importe quel
patron – et pas seulement celui de Total –, n'importe quel
président de conseil général – et pas seulement celui des
Hauts-de-Seine–, n'importe quel flic sait ce qu'il faut
d'illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos
des lois est tel, de nos jours, que l'on fait bien de ne pas trop
chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien
de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui
serait socialement et politiquement suicidaire.
Le
partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction
judiciaire, entre le légal et l'illégal, entre les innocents et
les criminels, mais entre les criminels que l'on juge opportun de
poursuivre et ceux qu'on laisse en paix comme le requiert la
police générale de la société. La race des innocents est
éteinte depuis longtemps, et la peine n'est pas à ce à quoi
vous condamne la justice : la peine, c'est
la justice elle-même, il n'est
donc pas question pour mes camarades et moi de "clamer notre
innocence", ainsi que la presse s'est rituellement laissée
aller à l'écrire, mais de mettre en déroute l'hasardeuse
offensive politique que constitue toute cette infecte procédure.
Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l'esprit est porté
à relire Surveiller et punir
depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que
les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de
les expédier en pension, quelque temps, par ici.
Comment
analysez-vous ce qui vous arrive?
Détrompez-vous
: ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive
aussi bien. C'est d'ailleurs, ici, la première mystification du
pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d'une
procédure judiciaire "d'association de malfaiteurs en
relation avec une entreprise terroriste", et de