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intro:

Même en questionnant de façon radicale la binarité du genre, il reste des situations d'oppression spécifiques aux femmes [1], par exemple les discours sur le viol et les comportements qu'ils induisent,si non les violences dans l'espace public et privé. C'est pour ça que sur certains points, les initiatives non-mixtes me paraissent pertinentes. Biblio, puis réfléxion.

Even if we radically question the gender binary, there remain situations of oppression that are specific to women [1] . If not about domestic violence, at least on the discourses about rape and the subsequent behaviors. This is why I support separatist initiatives on some issues.  Short bibliography, then a discussion (sorry, mostly in French for now...).


Biblio :

J'ai résisté à acheter un manuel (féministe) de guérilla urbaine (dont je ne trouve plus les références), et une anthologie de texte de Paola Tabet, mais j'ai craqué pour Non c'est non, petit manuel d'autodéfense à l'usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire, Irène Zeilinger, Zones, La Découverte, 2008, et pas seulement parce que la couverture est rose. A défaut de pouvoir suivre des cours d'autodéfense féministe perdue dans mes contrées hostiles, je me rabats sur des lectures... En l'achetant, je pensais à une amie à qui j'aimerais l'offrir ; mais au fur et à mesure de ma lecture, les noms se sont multipliés... A la fin de ma lecture, c'était effrayant le nombre de nanas à qui j'avais pensé en le lisant, que j'avais connues dans des situations qui ressemblent à celles décrites dans le livre, des situations de violence émotionnelle, mentale, verbale, des nanas qui n'auraient pas du/ne devraient pas passer des années à se laisser détruire. Des nanas qui, si j'offre le livre, vont penser que c'est des conneries et qu'avec leur mec/ex/patron/père, c'est différent. Et le nombre de situations personnelles dont j'ai revisité l'interprétation, aussi...

Et, parce que Zones est une collection merveilleuse, vous avez accès au texte du livre gratuitement sur leur site. Ca, c'est gonflé.

That's a book on self-defense for women (fem do shi, wen do, whatever the "schools"), written by a woman who's been involved in teaching classes and all for many years.


Pratique :

Si vous voulez faire un stage d'autodéfense, c'est facile. A la fin du livre d'I. Zeilinger il y a une liste d'adresses à contacter selon votre région. Pour ma part, si vous me demandez, je peux vous donner une adresse sur Toulouse (la même que dans le livre ?), uen sur Paris, et une sur Grenoble, qui se déplace en France. N'hésitez pas !


Réfléxion (en cours): les cours d'autodéfense pour femmes - une nécessité d'empowerment, ou une initiative hétérosexiste et transphobe ? (janvier 09)

Women self-defense classes - needed empowerment, or heterosexist and transphobic initiative ?

[1]Quand je dis "femmes", j'entends des individus assimilés femelle à leur naissance et "cisgenre" (qui ont un genre "femme"). Je sais que ça peut être considéré comme transphobe. Je sais pas quoi faire avec ça, par exemple pour les cours d'autodéfense pour les femmes. A la place de "pour les femmes", est-ce qu'il faudrait que ça soit "pour toutes les personnes, sauf les hommes cisgenre/nés males"? Oui mais alors plutôt "sauf les hommes cisgenres blancs riches heterosexuels de la classe dominante"? ou plutôt "sauf ceux qui ont l'air d'hommes cisgenres blancs  heterosexuels de la classe dominante" ?...  Voilà ma réflexion actuelle, en cours, donc susceptible d'"edits" quotidiens. J'ai besoin d'en discuter avec vous aussi, donnez-moi votre avis !

      [1] When I say "women", I mean female born, cisgendered/women identified individuals. I know it can be viewed as transphobic. I don't know what to do with that, especially for women self-defense classes. Instead of "for women" should it be for "every person who's not a cisgendered male"? or then "a cisgendered white wealthy heterosexual male"? or "anyone who passes for/looks like a cisgendered white wealthy heterosexual male"?... I need to work on that. Here are my thoughts, written as I'm questioning myself about that. So i might edit it everyday... I need you to tell me what you think about this issue, serious!

Je me dis qu'il faut reflechir aux buts de ces cours. Penser et expliciter ce contre quoi ces cours sont censés nous apprendre à nous défendre. S'agit-il des agressions dans l'espace public, au travail, etc ? S'agit-il de lutter contre les violences conjugales ? S'agit-il plus spécifiquement de travailler sur les agressions sexuelles ?

Parce que du coup, le public est différent. Même si j'ai tendance à penser la violence conjugale comme genrée dans un cadre hétéro (violence des hommes contre les femmes), il semble que les chiffres donnent un taux d'agressions/de couples avec violence équivalent pour les couples de même sexe (pas vu de stat qui explicitait la présence de trans dans une de ces formes de couple). Dans ce cadre, réserver les cours d'autodéfense aux femmes ne tient plus. Mais quoi ? En exclure juste les mâles hétéro ? Y inclure donc tous les hommes gays qui le veulent ? Je sais pas, mais j'ai vraiment l'impression que l'ambiance si puissante que j'ai trouvée dans ces groupes réservés aux femmes serait quelque peu modifiée par la présence, je sais pas, de bears par exemple...

Pour ce qui est des agressions dans l'espace public, elles peuvent être transphobes, lesb/bi/homophobes aussi bien que sexistes. Elles me semblent se baser sur le fait que ton apparence ne soit pas celle d'un dominant (homme blanc hétéro, donc homme hétéro si on s'en tient aux agressions genrées). Donc il faudrait ouvrir l'accès à ces cours selon l'apparence ? Ouh, je sens que très vite ça va poser problème ("nan mais j'te jure t'as pas l'air pédé ! Suffit que tu changes tes vêtements, et..." et des concours sympathiques de "qui sera le/la plus queer"...)

Par contre, en ce qui concerne le viol, il me semble que c'est bien être femme qui "pose problème". Je veux dire le viol comme concept, celui dont on parle, celui dont on nous apprend à avoir peur, celui qui fait qu'on reste à la maison, qu'on sort pas seule le soir, qu'on a les mains moites quand on a oublié notre spray lacrymo. Celui dont on me parle dès que j'évoque l'autostop. Celui dont mes ami-e-s, ma famille, les gens qui refusent de me prendre, ceux et celles que je croise sur le bord de la route ou sur la toile, ceux qui font du stop et celles qui n'en font pas, et jusqu'aux conducteurices qui me prennent en stop, me rabattent les oreilles (et je ne parle pas des médias...). Celui qui a  tellement moins de chances d'arriver qu'une agression sexuelle par un ex-copain, mais celui qui - dans le cas où je n'ai vécu aucun des deux - celui qui me bouffe la vie, chaque jour, et participe à faire de moi une femme.

C'est sans distinction d'orientation sexuelle, celui-ci (qu'on ait l'air gouine ou hétéro...). Mais il y a une distinction de genre (de genre apparent, pas d'identité de genre).  C'est basé sur le fait que j'ai l'air d'une femme (et, par là même, pas d'un homme, catégories dichotomiques et exclusives). Je me demande, je n'ai aucune idée du discours que les trans (ou les intersexes) doivent subir à ce sujet. En tant que trans, je veux dire. Celleux qui passent pour femme "ou presque" sont évidemment l'objet des mêmes discours ; celleux qui passent pour hommes, non. Mais je me demande, quelqu'un-e de visiblement genderqueer, "inclassable", quelqu'un-e dont le genre met mal à l'aise celleux qui tiennent ces discours, qui fait du stop, est-ce qu'on lui tient les mêmes discours ?

Une chose que cette réflexion m'a aidé à clarifier en tout cas : je disais au début "j'entends : des individus assimilés femelle à leur naissance et "cisgenre" (qui ont un genre "femme")". En fait, il ne devrait pas s'agir "des individus assimilés femelle à leur naissance et cisgenre", parce que peu importe ce que tu as entre les jambes pour qu'on te tienne ce discours. Et il faut clarifier la notion de genre femme. Il s'agit du "genre apparent" (personne que les gens identifient, dans la vie quotidienne, habituellement, comme femme), et pas de l'identité de genre (qui est une identification par soi-même et plus par les autres). Quoique... une partie importante de l'efficacité de cette oppression discursive, qui fait de toi une dominée et t'en donne le comportement, c'est que ce discours est réitéré, frénétiquement, tous les jours, a façonné ton éducation et toute ta personnalité. Si tu as été élevé en tant que garçon et que tu as transitionné après, quand/si tu passes pour "femme", oui, on te tiendra les mêmes discours, mais auront-ils le même impact sur toi ? La question reste ouverte...

En tout cas, ces cours ne m'aideront certainement pas à me défendre en cas d'agression réelle (parce que je ne m'entraîne pas régulièrement, parce la situation sera inédite, ou simplement parce que je serai amoureuse de cette personne...), mais ces cours m'aideront, c'est certain, à diminuer les risques, et à faire de moi une personne indépendante avant d'être une femme. Un exemple parlera mieux, ici.

exemple 1.

Il lui ouvre la portière, va s'asseoir à son tour, démarre.

Lui - et t'as pas peur, comme ça, toute seule ?

Elle - bin euh... (elle flippe. Merde, pourquoi il me pose cette question, c'est vrai, il a l'air un peu chelou. Merde putain pourvu qu'on change de sujet.) non, non, ça va.

Lui - mais faire du stop, comme ça, dans un pays qu'on connait pas... Il pourrait t'en arriver des trucs.

Elle (putain, merde, c'est quoi cette voix chelou. Pourquoi j'ai mis mon sac dans le coffre, merde ! Est-ce que la portière s'ouvre ? Qu'est-ce que je fais s'il me touche ?)

Lui - Je veux dire, y'a des tarés partout hein. La semaine dernière encore, y'en a une qu'on a retrouvée égorgée là, à 30 kms d'ici.

à l'intérieur, ça commence à puer la panique. Un ambiance où tout commence à rappeler à tous les deux qu'il y a une fille et un homme dans cette voiture, et qu'il a tout le pouvoir, avec le volant, qu'il peut faire ce qu'il veut.

exemple 2.

Il lui ouvre la portière, va s'asseoir à son tour, démarre.

Lui - et t'as pas peur, comme ça, toute seule ?

Elle (ferme) - Non. (sourire. une pause. elle le regarde dans les yeux). Pourquoi ? (cynique et assurée) Je devrais ?

Lui - euh, non, enfin pas avec moi c'est sur, mais, en tant que fille...

Elle - Non. Je suis une grande personne. Je sais courir et me battre, comme tout le monde. Et puis... j'ai fait de l'autodéfense !

Tous les deux, tension dissipée, changent de sujet. 

 _*_*_*_

PS: certains résolvent le problème autrement. Par exemple, un "community center" à Toronto (le 519) organise des cours séparés, pour "femmes" (sans précision), pour "hommes gay, bi,trans", et pour "transgenre/transsexuel-le-s".

Some find other solutions : the 519, community center in Toronto, offers separate classes, for "women" (no precision), for "gay,bi, trans men", and for "transsexual and transgendered persons".


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